dimanche 30 novembre 2008

Tu es seul le matin va venir

Tu écris des poèmes à la deuxième personne
pour te sortir de toi de la boue durcie du spleen
tu habites une ville récente et vieille
les gens sourient en y mourant
tu aimerais voir les choses autrement
tu es le soir rue Saint-Denis cherchant une direction
tu as vieilli d'un an tu ne vois plus filer le temps
j'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps
tu es la nuit au coin de deux rues sans nom
tu revois ces amants qui ne s'embrassent jamais
dans le métro les gens dorment sur des bancs
tu téléphones à une heure et demie du matin
une voix c'est presque quelqu'un
tu cherches dans le gin le sommeil heureux
d'une femme te caressant les cheveux
tu es seul le matin va venir
le coucou est cassé cependant
on ne le saura pas il faudra nous le dire.

mercredi 26 novembre 2008

Spligne II

« Personne ne connaît personne, décidément. » C'est ce que dit le narrateur de Neige noire, enfin celui qui parle dans le long commentaire inséré dans les parenthèses qui jalonnent le texte. Personne ne connaît personne, dit-il avec tristesse, et je vous citerais la suite si je n'avais prêté mon exemplaire. Mais il ajoute, si je me souviens bien, que même l'amour le plus fort, même la fusion sexuelle ne permet pas d'atteindre à une complète sinon relative connaissance de l'autre. Imaginez maintenant quelques mots échangés avec un inconnu à l'arrêt d'autobus, une passade lors d'un congrès.

De qui, de quoi parle-t-on alors quand on parle des autres? De soi, sans aucun doute, encore et toujours de soi. Et encore sait-on vraiment de quoi on parle?

lundi 24 novembre 2008

Qui aime bien châtie bien

Doit-on dire ma seconde maîtresse cette année ou ma deuxième maîtresse cette année ? La règle que plusieurs d'entre nous ont appris est que ça dépend du nombre total : quand il peut y avoir plus de deux éléments dans la série, on ne peut pas utiliser second tandis que deuxième est correct à coup sûr. Ainsi, on dirait Seconde Guerre mondiale — parce qu'on attend toujours la troisième officielle —, mais pas le Second Partage de la Pologne, puisqu'il y en a eu cent quarante-huit. Il faudrait donc, pour notre exemple du début, compter les feux sauvages attrapés pour savoir quel mot choisir.

Mais oubliez cela ! Du moins, c'est ce que dit Grevisse. Parce que la règle est arbitraire, sans fondement. Depuis toujours, les deux termes « s'emploient sans nuance distinctive » (sauf dans les expressions figées état second, seconde vue, etc.) ; même l'Académie française décrivait le lundi comme « le second jour de la semaine ». Voilà. Il ne reste plus qu'à téléphoner à ma prof de français de secondaire trois pour le lui annoncer et lui rappeler, en passant, que presquement, eh bien ça ne se dit pas, calvaire.

*

Quand j'en passe et des meilleures, que passé-je ? C'est ça le problème avec les formules elliptiques, parfois on oublie ce qui omis. Dans le cas qui nous occupe, ce sont les choses que l'on pourrait dire. Voilà pourquoi meilleures est toujours au féminin. Charmant, non ? Dommage que vous ne soyez que quatre à l'apprendre.

mercredi 19 novembre 2008

Spligne

Et même la poussière ne goûte plus rien
lorsque notre langue tombe à nos pieds
à côté du foie et du dernier œil
j'attendrai les cendres à venir
celles du monde que vous laisserez crever
charognes.

lundi 17 novembre 2008

Sarko a dit : « Travailler plus pour gagner plus »

Certes, mais pour gagner quoi ?
Melville dit : « Ils parlent de la dignité du travail. Quelle pitoyable fumisterie ! Le travail, mais ce n'est rien de plus qu'une nécessité pour notre misérable condition humaine. La dignité se trouve dans le loisir. Parce que, vois-tu, quatre-vingt pour cent de tout le travail accompli en ce monde est ou bien sot et inutile, ou bien nuisible et mauvais. Et sans loisirs, est-ce qu'on peut prétendre à l'indépendance ? » (cité dans Monsieur Melville, p. 26)
Là-dessus, je me couche, travaille demain, arrangez-vous.

Symphonie numéro cinq de Mahler

Chercher le repos comme un hameau paisible au pied d'une montagne
l'aurore un cor un peu terni
qui graffigne la nuit agonique
efface tes seins efface l'août gomme tout désir
fouille ses poches ne retrouve plus le message.

samedi 15 novembre 2008

Abbey Road

Où aller ma fille à quoi rime le rire
vague impôt sur nos artères
ô tes dents où ma chienne se mire !

lundi 10 novembre 2008

Au lieu de travailler

Au lieu de travailler, je lis. Hier fini L'œuvre au noir (j'avais la bonne excuse d'être malade), vous en parlerai peut-être un autre jour, car il y a beaucoup à dire. Aujourd'hui, La bête qui meurt de Philip Roth, sorte de longue nouvelle, pendant que j'attendais une étudiante qui ne s'est jamais présentée au rendez-vous. Rendez-vous de nature pédagogique bien entendu. On sent le besoin de préciser.
Dans le livre de Roth, le narrateur est un prof et critique littéraire de soixante-deux ans qui a une liaison avec une jeune femme de vingt-quatre, une étudiante. Rien de neuf pour lui, sauf qu'il en tombe amoureux ; elle a, entre autres atouts, toute une paire de seins. À un moment donné ça se termine et le prof tombe en dépression. Dans l'extrait qui suit, un ami raisonne le narrateur. C'est un poète qui s'adresse à un critique littéraire :
L’amour, la seule obsession que tout le monde désire. Les gens se figurent qu’en tombant amoureux, ils vont recouvrer leur intégrité, connaître l’union platonicienne des âmes ! À d’autres. Moi je pense qu’on a une intégrité de départ et que c’est l’amour qui cause la fracture. On est tout d’une pièce, et puis il nous lézarde. Cette fille est un corps étranger dans ton intégrité. Pendant un an et demi, tu as lutté pour l’incorporer. Mais tu ne retrouveras pas ton intégrité avant de l’avoir évacuée. Soit tu t’en débarrasses, soit tu l’intègres au prix d’une déformation de ton être. C’est ce que tu as fait, et ça t’a rendu fou.
[Insérer quelque chose de spirituel, ou de banal, ou les deux.]

vendredi 7 novembre 2008

Palindromes paresseux

Roger Gregor
ours roux
oncques mord homme con
car les cors rockaient l'rack
aux rus muraux
poteau trappe art tôt top.