Truc auto-fictionnaire 1 : Vous voulez écrire, mais vous n'avez aucune imagination ? Vous êtes paresseux et n'avez pas de style ? Pas de problème ! Vous respirez ? C'est déjà quelque chose ! Parlez de votre petite vie, de votre famille ordinaire, de vos amis sans personnalité, de votre copine insipide. Dans vos mots, comme on dit. Vous pouvez même parler de la télé. Vous pouvez inventer un peu. Bref, prouvez encore une fois que la vie est laide, la chair et triste et je n'ai lu aucun livre. Écrivez au je et utilisez les vrais noms. De toute façon — et vous n'en êtes presque pas dupe — tout le monde sauf les groupies s'en fiche de votre vie. Pour finir, faites rapidement de l'auto-référentiel : des lignes gratuites, et en plus vous aurez l'air intelligent et surtout original.
Fait qu'on était devant le Canadien (pas Félix Leclerc, l'équipe de hockey, tsé), le Canadien lui était à Pittsburg ; nous assis, lui debout ; nous saouls déjà et lui ivre de son combat contre le Pingouin. Parce qu'il y avait de l'action, et je vous en passe un papier, malgré le débile de cette expression : Lapierre avait fait planter Crosby dès la première mise au jeu, et ça se mettait en échec à qui mieux mieux. On était chez Stef. Il y avait Frank, Pat le gros, Pat le p'tit et Seb le blond avec sa blonde crazy-glue. Au fait, moi c'est Roger, mais vous l'avez lu sur la couverture, hein, observateurs comme vous l'êtes.
Étalés dans le salon de Stef comme les ailes de poulet qui cuisaient dans le four, on écoutait le hockey. Après le hockey, il y aurait le Super Bowl. Il y a toujours le Canadien avant le Super Bowl. C'est bien fait quand même. Le Super Bowl, vous vous en doutez, ce n'est pas exactement une partie de petites quilles. Si vous saviez comment je m'ennuie à écrire cette merde. Vous êtes encore là, ou écoeuré avez-vous soudain eu envie de faire l'amour à votre chum ou votre blonde ? Je vous comprends, vous savez. Bon, si vous êtes encore là, je ne sais pas comment vous faites, et tous les artifices de l'écriture ne vous feront pas oublier, hypocrite lecteur, que cette soirée du Super Bowl n'a d'intérêt pour strictement personne mis à part ceux qui étaient présents, sauf la crazy-blue qui elle appliquait progressivement de la pression à son chum pour qu'ils sacrent leur camp. Vous auriez pu la raconter vous-même, si vous lâchiez la télé trente secondes.
Donc oubliez ça, vous qui devez ou devriez sentir le sexe à présent. Tournez la page, vous verrez que je vous entretiens d'un sujet différent. C'est à propos d'un chat. Mon chat. Charlotte. Tsé.
Truc de roman fantasy destiné pour la jeunesse 2 : Il faut un héros qui ait le courage d'être la vedette de ces innombrables tomes imprimés en 14 points. Comme parmi la jeunesse ce sont les louseurs et les filles qui lisent et que les filles lisent Marie Goberge ou Les filles de Caleb, vous vous adressez donc aux louseurs. Le louseur doit être en mesure de s'identifier au héros. Alors, pourquoi ne pas reprendre cette idée toujours efficace de catapulter un jeune de notre époque dans l'univers imaginaire que vous avez créé de toutes pièces si vous avez suivi le premier conseil ? C'est là qu'il acquerra ce qui lui manque, la confiance en soi en général.
Martin Touchette se releva avec quelque difficulté, mais se releva tout de même. On ne reste pas par terre, quand même. Il essuya distraitement la saleté sur sa chemise, la poussière sur ses lunettes. Il entra dans l'école secondaire Arc-en-Ciel, son école, et se dirigea vers la bibliothèque, son endroit préféré, parce qu'il y avait des livres, des filles, même s'il était trop timide pour oser même les regarder. De plus, on n'y rencontrait aucun des grands qui le taxaient dans la cour arrière. Toutes les semaines. Il y a deux minutes encore. Martin était bien d'accord avec son père adoptif quand il disait qu'au Québec on était bien trop taxés. Puis son père adoptif lui tapait dessus un peu.
Martin se rendit dans la section des livres de référence. La plus propre, par ses bons soins, car il était le seul à y aller régulièrement. Il avait lu tous les livres qu'elle contenait, une centaine environ. L'école n'avait pas beaucoup de budget pour la bibliothèque, car il fallait remplacer à tout bout de champ les casiers défoncés, les portes de toilettes arrachées, les extincteurs vidés sur les feux de poubelle, etc. Martin ne se sentait pas à sa place dans cette école. Il aimerait être ailleurs.
Martin parcourut des yeux les étagères, cherchant quel livre pourrait-il relire : sur l'exploration spatiale, les dinosaures ou le Moyen Âge ? Soudain, il tomba sur un bouquin pas comme les autres : il était très épais avec une reliure de cuir rouge. Aucune inscription sur la couverture. Dans un mélange de curiosité et de circonspection, Martin ouvrit le bouquin. À sa grande surprise, un trou s'ouvrit juste à côté de lui. Un trou dans l'air, un peu plus grand que lui, lumineux et bleu. Martin eut peur. Il y mit la main une fois et la retira. Puis il la remit et se sentit tout d'un coup happé avec une grande force. Martin disparut de la bibliothèque de l'école avec le volume rouge.
Martin se retrouva dans une pièce sombre, devant un homme grand, vieux, barbu, les sourcils broussailleux, coiffé d'un haut-de-forme comme dans le roman de Jules Verne, le Tour du monde en 80 jours. La pièce était un fouillis sans commune mesure : animaux empaillés, fioles colorées, volumes et parchemins épars, choses sans nom.
— Où suis-je ? se hâta de demander Martin. Le vieil homme apparemment parlait français, car il dit :
— Ok. Pour faire une histoire courte, tu as changé d'univers. Nous sommes à Rutebag, capitale du Royaume de Ryelle. Le roi avait besoin d'un héros. Le grand prêtre, qui est un vieux sot, prophétisait que seul un Étranger pourrait sauver le royaume. Le roi l'a cru. J'avais un portail de prêt vers ton bourg, so here you are.
— Mais pourquoi à Trois-Pistoles ?
— Parce que c'est un trou. Et c'est joli, pour les vacances. On a la paix. Bon. T'es un peu jeune, mais on va faire avec. Qu'est-ce que tu sais faire ?
— Heu ?
— Quels sont tes talents ? insista le mage en tapotant son chapeau en tuyau de poêle.
— Heu... J'suis pas trop mal en analyse de phrase. En sciences physique, j'ai une moyenne de 96. Puis je dessine pas trop mal, mais « mes sujets varient peu », selon la prof d'arts plates.
— Bon. Ça ne suffira pas. Nenni. On va t'entraîner un peu avant de te montrer au roi, sinon tu vas te faire bouffer par trois misérables gobelins en partant pour ta première quête. On va te trouver de nouvelles hardes. Et c'est quoi ce truc ?
Le magicien prit les lunettes de Martin et les posa sur son nez. Il fut satisfait d'y voir clair, car heureusement Martin était myope comme lui.
— Mais je ne vois rien sans mes lunettes ! protesta Martin.
— Attends un peu.
Le vieux fouilla dans son barda, trouve une boîte de cuivre. Elle contenait une pâte grisâtre qu'il appliqua sur les yeux de Martin. Après qu'il se fut essuyé les yeux. Il voyait parfaitement clair.
— Mais pourquoi ne vous êtes pas servi de ce sort sur vous-même ?
— Oh. C'est parce que j'ai déjà jeté sur mes yeux un sort de passe-murailles, alors ça pourrait interférer. Mais là. Mais là, avec tes lunettes, ça sera parfait.
Truc de polar 3 : N'oubliez pas les détails dégueulasses. Pas trop enfin, parce que ce n'est pas du pulp hardcore, mais assez pour déranger un peu. Parce que votre héroïne ne chasse pas le criminel banal, mais le déséquilibré, le psychopathe.
Brenda arriva au Parc du Mont-Royal au volant de Donna, sa vieille mais fidèle Civic. Son collègue Mordifou était déjà là. Il lui offre une gomme. Elle jeta la plaquette verdâtre et engouffra le papier. Ils se rendirent sur la scène du crime, au bas de la montagne, sous les frondaisons, pas loin de la statue de l'ange trompettiste.
La victime était un homme, et l'imparfait ici fait sens, car il était châtré. On avait fait une guirlande avec les intestins autour d'un petit peuplier, ici et là on retrouvait un bout du sexe : un demi-testicule, le prépuce, tiens le scrotum, et ainsi de suite. L'humus avait bu beaucoup de sang, car on avait nettoyé les feuilles mortes dans un cercle de cinq mètres de diamètre. L'homme était pendu à un arbre, dans une posture de Christ soumis à des Romains hyper-saturnins, le visage recouvert par la peau de son propre ventre. Quand on retira ce masque morbide, Brenda, d'habitude plutôt stoïque, ne put réprimer un cri : c'était le visage du docteur Mortadelle. Les ongles avaient tous été arrachés, et les organes avaient été disposés sur l'humus pour former un étrange signe. Brenda ordonna qu'on le photographie quinze fois plutôt qu'une. C'était horrible, les policiers vomissaient l'un après l'autre, sauf Brenda (ce sera plus tard, sur la rue, par la fenêtre de sa Civic). Qui plus est, Mortadelle portait des bobettes Power Rangers sales et trop petites pour lui.
6 commentaires:
Un peu vite faits, mais bon : ce n'est que littérature.
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Quelques références ici et là — pas pu m'en empêcher — : Mallarmé, Aquin (deux fois), Baudelaire, Sergio Leone.
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Borges : « On demanda un jour à Bernard Shaw (à qui je reviens toujours) s'il pensait vraiment que la Bible était l'oeuvre du Saint-Esprit. Et sa réponse a été : "Je crois que le Saint-Esprit a écrit non seulement la Bible, mais tous les livres." Cette réponse a, bien sûr, quelque chose d'accablant pour le Saint-Esprit — mais tous les livres méritent d'être lus, j'imagine. »
Merci pour tous ces trucs, mon roman ne s'en portera que mieux!
(heureux d'avoir beaucoup ri)
:-)
Pat B
Décidément l'été vous inspire... pas une raison pour délaisser le scrabulous, quand même!
Véroc.
Je ferais attention aux poursuites pour plagiat. Surtout en ce qui concerne ton premier extrait.
Daniel et Pat : Plaisir !
Véronique : Je vous commence une partie drèt là.
Hellrider : Let them come ! Mais je les attendrai avec des livres très épais et un fanal.
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