Truc de roman fantasy destiné pour la jeunesse 1 : D'abord, créez un univers imaginaire. Pour ce faire, inspirez-vous de ceux déjà établis, c'est ainsi que cela fonctionne : La Terre du Milieu, les mondes de Donjons et Dragons, les mondes des « Livres dont vous êtes le héros », le Canada. Composez des noms qui font exotiques, avec beaucoup de lettres payantes au Scrabble. Au besoin, ajoutez des apostrophes. Dessinez des cartes.
L'an 614 après la proclamation de l'Empire Jay-Zusslandhe par l'Empereur Grakane I. L'Empire, entré dans une nouvelle phase expansionniste sous le règne du jeune Khro'khon II, vient tout juste d'annexer le royaume d'Atrebla. Les autres États du Nord ont forgé une alliance, La Ligue des autres États du Nord, afin de résister à ce méchant empire. Ils doivent aussi se défendre contre les raids des barbares du Grau'Hyqs de l'Est. Qui plus est, des tensions internes fragilisent la jeune Ligue. À l'Ouest, la Byssie et le Kélyfore, protégés de l'Empire maléfique par les défenses naturelles que sont les Monts Nho-Bel rocheux et le Grand Désert sablonneux, en profitent pour se faire la guerre entre eux. Les Monts Nho-bel sont habités par des Montagnards, libres encore mais dépourvus d'État centralisé. Dans le désert il n'y a personne, puisque tout le monde y crève. On n'apprendra rien de substantiel à propos de l'Île éternelle avant le quatorzième tome. Les armées jay-zusslandhiennes semblent invincibles, et la Ligue des autres États du Nord doit résister, sinon il me faudra redessiner la carte.
Truc de polar 2 : Votre héroïne, c'est la meilleure, mais on ne veut pas tous l'avouer. Intégrez dans votre roman un personnage antipathique, un supérieur hiérarchique peut-être, qui doutera de ses compétences et lui servira ultimement de repoussoir. Votre héroïne a le sens de la répartie, ce qui donnera lieu à des dialogues savoureux.
Brenda ce matin-là est entrée au bureau d'humeur massacrante. Elle avait passé une bonne soirée la veille certes, mais il s'est avéré à la fin que le docteur Mortadelle était gay. Brenda n'a aucune perspicacité pour ce genre de choses ! Il faut bien des failles quelque part. Elle dévorait son beigne fourré aux reçus de caisse, ses yeux tiraient à bout portant et s'il y a bien une personne qu'elle n'avait pas envie de voir ce matin, c'était bien le capitaine Morpion. Justement, ce dernier approchait se son bureau. Il portait une cravate bleu poudre sur sa chemise vert pomme. Fait notable, il avait taillé sa moustache.Truc de chick lit 3 : Votre héroïne a le don pour se mettre les pieds dans les plats, surtout lorsqu'il est question de sa vie sentimentale. Ça ira de mal en pis.
— Bonjour Brendâ ! tonna-t-il de sa voix de baryton raté.
— Fuck you, répondit Brenda.
— Comment vas-tu ma belle Brendâ ce matin ? continua-t-il sur le même ton.
— Mal, et en plus je deviens sourde, rétorqua-t-elle.
— Toujours aussi prince-sans-rire ! ha ! ha ! rit-il.
— Dring, sonna le téléphone.
— Alors, repartit Morpion de plus belle, sur quel cas travailles-tu ?
— Oh, fit-elle sur un ton détaché, sur un meurtre sordide qui a eu lieu sur le Mont-Royal. Éviscération, émasculation, énucléation, et ainsi de suite.
— Bien ! Mais je t'avertis, avertit le capitaine, cette fois-ci pas de méthodes orthodoxes...
— Hétérodoxes, corrigea Brenda en mordant dans un autre beigne aux coupons, ce qui excita visiblement le bonhomme.
— Moui, fit Morpion. Baille de bouc, si tu veux. Sinon, je te mets aux archives. Heu... Au secrétariat... Non. À la circulation ! Ça nettoiera les rues en plus. Toutes ces circulaires. Et...
— Et je ne verrai plus ta grosse face, coupa-t-elle.
— On est d'accord ? demanda-t-il.
— D'accord, bien sûr, ta gueule, grommela-t-elle en se levant pour aller à la machine à café.
— Fshui, plouc plouc, fit la machine.
— Je te fais confiance, conclut Morpion en lui donnant une petite tape sur les fesses.
Brenda se retourna vivement, renversant dans le mouvement son café sur son patron qu'elle mitrailla du regard. Il partit sans dire un mot. Brenda retourna à son bureau, trouva dans un tiroir un formulaire de plainte pour harcèlement sexuel (la troisième juste pour ce gros con), le remplit machinalement puis, de meilleure humeur un peu, elle se mit au travail.
Le temps avait considérablement ralenti, ce qui me donna le temps de me morfondre en plein milieu du café. Je ne peux pas me sauver, parce que je dois passer devant eux. Il n'y a pas d'autres sorties. Bon, j'y vais d'un pas peu assuré et je feins un malaise.
Je me suis avancée, mais qui vois-je ? Un autre ex ! Le frisé, rebaptisé Jean Charette. On ne s'aime pas, on s'engueule tout le temps.
— Qu'est-ce que tu fais là ? dis-je entre les dents.
— Je suis serveur, répondit-il de la même façon. Tu vois pas mon habillement ?
— Ta toison m'a déconcentrée. Depuis quand ?
— Depuis ce midi.
— T'as pas changé, depuis six mois. Toujours là au mauvais endroit, au mauvais moment !
— C'est vrai que chez moi, un certain soir...
— Ne parle pas de ça encore, t'as couru après. Et puis, me semble qu'on s'était séparé Saint-Denis. Moi j'ai le côté ouest, toi le côté est.
— Mais on est du côté est.
— C'est vrai ça ? demandai-je à un badaud quelconque, parce que tout le monde à présent, y compris Sexy-Ex, et Sexy-Chose, entendait notre conversation.
— Il a raison.
— Et puis, je n'ai jamais été forte en géographie.
Là ça allait mal, les deux super-mâles étaient assis à la même table et me regardaient comme des crapets-soleil. Je commençais à être étourdie. Je reculai d'un pas, mais je mis le pied dans une flaque d'eau que Jean Charette, sans doute, avait renversée, je voulus me retenir sur une chaise mais attrapai le vide, je fis tomber de l'autre main la moumoutte du badaud quelconque qui avait gentiment répondu à ma question, reculai encore en remuant les bras puis basculai par-dessus la balustrade pour me retrouver un étage plus bas, sur le passe-plat, la face dans un plat de pennes au pesto, la jupe retroussée. Tout le monde a eu le temps de voir que je ne portais pas de string. Le cuisinier chinois en a perdu connaissance. Moi aussi.

6 commentaires:
Tout pour me satisfaire : une carte! À une époque lointaine, je n'empruntais à la bibliothèque que les livres qui comportaient une carte. Ça manque cruellement, dans le non-fantasy.
* * *
Prend un pseudonyme (un autre, féminin) et publie ce roman de chicklit, tu supplanteras Raphaële Germain. Garanti.
Je suivrai peut-être ton conseil, on ne sait jamais. Et après vous me verrez chroniqueuse à la tévé, vous beurrant mes opinions dans vos oreilles.
Une carte !!! J'ai crissement failli en mettre une au début de Prison de poupées.
Ha ha, tu parodies avec un scalpel, tout en finesse, mais sans pitié. J'adore. Kill the tchick litt! (et les chroniqueuses-coquilles-vides)
***
J'ai moi aussi dessiné un monde de fantasy par-dessus la carte de l'Amérique du nord, j'ai la preuve.
:-)
J'ai cherché des recueils de poésie avec des cartes au début, mais en vain. Ça serait bien des cartes à collectionner avec l'univers des Chants de Maldoror, non? Non?...
Ed : C'était déjà très visuel comme livre.
Pat : Faudrait comparer pour voir. Pour celle-ci, je me suis inspiré de la carte du Jesusland (voir Wikipédia).
Hellrider : Pessoa, que je lis ces temps-ci : « Je pense parfois (avec un plaisir en intersection) à la possibilité future d'une géographie de notre conscience de nous-mêmes. » Avec certains recueils de poésie (Mallarmé notamment), on ne pourrait penser qu'à une cartographie abstraite, néotique. Bon, fin des obsessions, je dois y aller betôt.
De nouveaux trucs demain, sans doute. Sté tiounde.
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